Oui, les régimes sont tous fondés sur l’interdit et l’exclusion.
On vous dira toujours que vous ne serez privé de « rien ». Un rien qui s’assortit de « sauf » et de « mais », que l’on escamote en déniant aux aliments incriminés le droit d’exister. Un tour de passe-passe épinglé par le docteur Apfeldorfer : « Les aliments exclus n’existent pas. Pour Michel Montignac, la pomme de terre est à proscrire : c’est un tubercule pour cochons. Et pour les adeptes de la diète protidique, c’est tout aussi simple : ce qui vous fait envie n’est pas comestible… » Suit une série de disparitions et d’anathèmes qui conduisent l’adepte à une sorte d’autohypnose : il raye de sa carte mentale les nourritures maudites. « Le problème, c’est que l’on n’est jamais à l’abri du réel. » Lorsque l’homme ou la femme à l’univers sans frites en reprend une et s’aperçoit, un, que ça existe, et deux, que c’est bon, il plonge dans un chaos annonciateur de désastres pondéraux. « Le grand piège et le grand échec des régimes sont bien dans le déni et la frustration. »Non, les hommes ne naissent ni libres ni égaux en poids.
La minceur n’est pas un droit imprescriptible, mais une prédisposition quasi janséniste : elle serait donnée, comme la grâce, à quelques élus. Une inégalité qui agrège un nombre impressionnant de facteurs : « D’abord, l’héritage génétique du sujet, ses particularismes physiologiques et morphologiques. Ensuite, son histoire alimentaire, qui va bien au-delà des habitudes acquises et inclut le sens donné à la nourriture dans son enfance. Son histoire tout court, avec la construction de sa personnalité, ses manques et ses fragilités. Et d’autres facteurs, plus ponctuels, comme l’âge. »