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Peau sensible Laval Mayenne

Il y a, dit-on, de plus en plus de peaux sensibles. Alors, info ou intox? Sensible, allergique ou réactive: faites la différence.

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Peau sensible

Les avis divergent, mais encore faut-il s’entendre sur la définition du terme peau sensible. Pour Laurent Misery, dermatologue et chercheur (au Laboratoire de neurobiologie cutanée au CHU de Brest), « une peau sensible est caractérisée par une réaction inappropriée – rougeurs ou picotements – lorsqu’elle est confrontée à des éléments qui, normalement, ne sont pas irritants : eau, crème, froid, chaud, vent, émotion… »

Pour lui, ce phénomène correspond bien à une réalité. « Au cours d’une étude menée en 2004, nous avons mis en évidence que la moitié de la population française – 40 % des hommes et 60 % des femmes – déclarait avoir une peau sensible ou sujette à irritation, et que l’utilisation de ce terme était adéquate. Cependant, personne ne peut vraiment dire s’il y a plus de peaux sensibles qu’auparavant, puisque les seules études épidémiologiques dont nous disposons sont très récentes. »

Pour d’autres spécialistes, comme Danièle Pomey-Rey (attachée de consultation au centre Sabouraud de l’hôpital Saint-Louis, à Paris), dermatologue, psychiatre et psychanalyste, la peau sensible est devenue une appellation fourre-tout : « On la situe entre la peau allergique ou eczémateuse, qui ne supporte rien, et la normale, qui supporte à peu près tout… Le champ est vaste ! Les vraies peaux sensibles sont rares et difficiles à soigner. Je dois en rencontrer vingt à trente par an sur deux mille consultations. »

Sensible, allergique ou réactive : faites la différence

- La vraie peau sensible se situe à la frontière de l’allergie. C’est une nature de peau, un état permanent, souvent héréditaire. Elle présente des caractéristiques visibles : finesse, transparence, rougeurs quasi permanentes dues à des perturbations de la microcirculation cutanée. Souvent très claire, elle est parfois associée à des dermatoses : couperose, dermatite séborrhéique ou atopique, rosacée. « Les peaux sensibles ont une tendance plus grande à l’eczéma, au psoriasis, aux dartres », explique Catherine Grognard, dermatologue.

Contrairement à l’épiderme sain, qui empêche toute substance étrangère de pénétrer dans l’organisme, la peau sensible présente une altération de sa fonction « barrière », ce qui favorise la pénétration des facteurs irritants. L’hiver, elle est au supplice, et ses rougeurs s’accentuent du fait des variations thermiques.

- La peau allergique réagit exagérément à une substance allergène que l’organisme considère comme un envahisseur. Chaque fois que l’épiderme rencontre cette substance (notamment présente dans les produits cosmétiques), rougeurs, éruptions, eczéma apparaissent, accompagnés de démangeaisons. Au hit-parade des allergènes cosmétiques : parfums, filtres chimiques, huiles essentielles, antiseptiques, conservateurs chimiques. En augmentation en ville, l’allergie cutanée se traite chez le dermatologue.

- La peau réactive (ou intolérante ou irritable) est celle dont le seuil de tolérance a diminué et qui réagit de manière excessive mais passagère aux agressions extérieures. Nul n’est à l’abri d’une « crise ». Pour Danièle Pomey-Rey, le stress est souvent en cause. « L’angoisse agit sur tous les systèmes physiologiques : épiderme, mais aussi digestion, hormones, système cardio-vasculaire… »

Cette susceptibilité affecte tous les types de peau : normale, sèche, grasse, mixte. Les peaux grasses peuvent se montrer très réactives (apparition de boutons), surtout si elles ont été soignées avec des traitements antiacné. Deux femmes sur trois sont concernées (pour un homme sur trois), avec des variations au cours de leur cycle.

Peau sensible, âme sensible ?

Si, d’un point de vue dermatologique, la vraie peau sensible est rare, nombreux sont ceux qui pensent être concernés. Serait-ce parce qu’ils associent peau et personnalité ? Peut-être. « Dire “J’ai une peau sensible” est souvent vécu comme valorisant, constate Laurent Misery. C’est une façon d’affirmer sa sensibilité et sa singularité. » C’est un fait, les personnes très émotives ont souvent une peau sensible. On sait que l’épiderme est en étroite relation avec le cerveau et le système nerveux. « Confondus pendant la vie embryonnaire, ils restent intimement liés », explique le dermatologue, dont les travaux ont été déterminants pour comprendre ces interactions.

« Toutes les cellules de l’épiderme sont gouvernées par le cerveau, on ne le dit pas assez ! » insiste Danièle Pomey-Rey, qui estime que 80 % des affections dermatologiques sont d’origine psychique. « A l’occasion d’un choc affectif intense, il n’est pas rare que se déclenche une maladie de la peau. Souvent bénigne, elle peut guérir seule ou avec l’aide d’antidépresseurs, mais parfois, elle résiste aux traitements et devient chronique. Cela survient souvent chez des personnes qui ont énormément de choses à dire, mais n’y parviennent pas. Elles appellent au secours avec leur peau. »

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