Mahora de Guerlain
La légende, pour une fois, duplique sans vergogne la vérité vraie : Jean-Paul Guerlain crée toujours pour une femme. Il s’étonne même que l’on puisse faire autrement et tient cette conviction de son grand-père qui lui disait : « On crée les parfums pour les femmes avec lesquelles on vit. » Ajoutant avec un peu de regret : « Je ne vais plus travailler que pour de vieilles dames » – il avait 80 ans ! L’inspiratrice de Mahora est celle-là même que Jean-Paul Guerlain célébra dans Samsara et qui, loin d’exclure les autres de sa fragrance, les y entraîne. « Elle est une sorte de “tête de liste”, qui représente toutes les femmes féminines, sensuelles, et que l’on remarque pour leur éclat. » C’est une variation chair et soleil que leur offre le parfumeur, dans un bouquet de tubéreuse et de fleur de frangipanier. L’odeur que font à la peau de languides vacances dans les pays chauds et que retient amoureusement un flacon tout en rondeurs, lumière d’ambre et soleil martelé. Pour Jean-Paul Guerlain, le parfum est un « appétant », un acte de séduction ; il mérite la fidélité que l’on doit à « l’expression de sa personnalité la plus profonde ». On a tout de même le droit d’en changer quand… on change d’amant ou de mari et que l’« on veut faire peau neuve » !« C’est insensé… depuis vingt ans, je ne mets qu’un seul parfum – Jicky, comme ma grand-mère – et on me propose d’essayer le nouveau Guerlain… Autant demander à une femme résolument fidèle de se lancer dans une aventure. Quoique… Une vaporisation, une première impression plutôt enivrante, et ma voisine se penche : “On dirait du chocolat blanc, de la vanille, de la noix de coco, le sucre de l’enfance ; c’est apaisant.” Au jeu des associations, je bascule vers mes vacances d’adolescente en Corse, soleil sur la peau, senteurs mêlées et grisantes. Le goût effronté de la liberté. Les choses se gâtent avec mon aimé : “On dirait ma mère.” Capiteux ou calamiteux, son œdipe ? Explication : “Ça sent la femme élégante qui cache son parfum sous un vison.” J’ai déjà le parfum… A la fois fort et fugace, il se fait oublier puis revient. Impossible de ne pas me reglisser dans Jicky comme on rentre chez soi, mais Mahora, je le garde pour mes escapades. »
Eau de parfum, vaporisateur 50 ml, 59 €.
Intuition d’Estée Lauder
A l’origine, une interrogation du groupe Lauder : comment peut-on avoir, aux Etats-Unis, cinq « placés » sur la liste des dix meilleures ventes, occuper le premier rang mondial en matière de fragrances, et n’être pas perçu comme un parfumeur de référence en Europe ? La réponse est, bien évidemment, culturelle. « En Europe, en France surtout, nous avons une éducation du nez plus complexe, explique Marie-Rose Tricon, directrice du marketing et du centre de développement français, chez Lauder. Là où les Américaines cherchent le “hook” (1), un schéma olfactif monolithique et tranché, nous aimons le raffinement de parfums à multiples facettes et richement évolutifs… » Evelyn Lauder a alors l’idée de faire travailler ensemble deux Américaines – Karyn Khoury, le « nez » de l’équipe, et elle-même – et deux Françaises – Marie-Rose et Anne-Marie Fuster, directrice générale de Lauder France. Neuf mois d’échanges et d’apprentissages réciproques, pendant lesquels les secondes apprennent aux premières à « sentir européen ». Toutes les quatre se découvrent la même envie d’un parfum qui sorte de la représentation sociale pour figurer leur féminité commune – la plus profonde et la plus vraie, celle qui affirme le sens de la vie, la certitude du bonheur et la tranquille audace d’être soi. Pour traduire ce jaillissement, elles ne voulaient pas d’une « fragrance qui décompose ses phases, mais qui apparaisse au contraire tout entière, dans l’unité et la spontanéité, et diffuse de l’intérieur vers l’extérieur ». Ambre jaune, donc, pour son rayonnement, sa chaleur et son éternité de minéral, « qui s’est fait avec le temps et l’a capturé » ; voluminaire, une molécule qui restitue le parfum de la peau et lui rend un hommage mimétique ; et, pour la « texture », le velours ébouriffé d’un pétale de Double Delight – une rose cultivée par madame Lauder et utilisée pour la première fois en parfumerie. « Tout s’est fait à la compréhension et à l’intuition… C’était cette dernière que nous avions en commun, elle que nous voulions exprimer. Le nom allait de soi… » Quant au flacon, simple et savant, nos dames l’ont vu douceur et lumière, et refuge de « la goutte essentielle ».« Au début, j’ai dit non… Américain ? Forcément trop lourd, trop sophistiqué… “Dallas” en vapo, merci bien. J’ai tout de même déballé et ça m’a achevée : une boîte jaune d’or… je déteste le jaune ! Mais j’avais promis, et puis il y avait ce nom, Intuition, et ce drôle de petit flacon-galet qui vient se lover au creux de la main. C’est doux, intime. C’est à moi déjà, c’est un piège. Je vaporise et, surprise, ça sent bon. Léger mais bien là, fleuri mais subtil. Ce qui me plaît surtout, c’est sa bonne humeur. J’ai l’air fin avec mes a priori… Jour après jour, moi qui n’aime rien tant que l’odeur de la pluie et de l’herbe mouillée, me voilà nimbée d’un nuage de soleil. Intuition sent le bonheur : des rires d’enfants dans la cour de récréation, le pain d’épices du marché de Noël à Strasbourg, un champ de fleurs blanches… Une femme joyeuse, qui savoure la vie ici et maintenant. Cette femme, je l’avais un peu oubliée, mais elle refait surface depuis quelque temps. Quelle Intuition ! »
Eau de parfum, vaporisateur 50 ml, 52 €.