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Ils ont fait une analyse, et après... Laval Mayenne

Des années sur un divan, c’est long, dur et coûteux, dans tous les sens du terme ! Le jeu en vaut-il la chandelle ?

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Ils ont fait une analyse, et après...

Ils ont fait une analyse, et après...

Un changement fondamentalDes années sur un divan, c’est long, dur et coûteux, dans tous les sens du terme ! Le jeu en vaut-il la chandelle ? Assurément, répondent les ex-analysants que nous avons rencontrés. L’analyse a été un tournant décisif dans leur existence, un changement fondamental dont chacun est sorti plus fort, mieux armé pour affronter la vie. Mais attention, il ne s’agit pas de métamorphose. On change certes, mais on reste soi-même…

Quelles sont donc ces mutations profondes si importantes ? Tout d’abord grandir, enfin ! Se réapproprier son histoire, éprouver l’intense soulagement de se sentir libre et pleinement responsable de ses choix. « Mon analyse, c’est la chose la plus “luxueuse” – mais aussi la plus indispensable – que je me suis offerte, confirme Muriel. C’était un acte d’adulte, mon premier en fait. A plus de 40 ans, j’ai eu l’impression exaltante de prendre les commandes de mon destin, de ne plus être une pathétique victime subissant les événements. J’ai divorcé d’un mari que je n’aimais plus et qui ne m’aimait plus. Sans ce travail, je n’aurais jamais eu ce courage… »

Deuxième effet positif unanimement reconnu : parvenir à se connaître, à s’accepter tel qu’on est et à s’aimer. « Depuis mon passage sur le divan, je suis en accord avec moi-même, raconte Catherine. Je ne suis pas béate d’admiration devant ma personne, je n’ai pas une totale confiance en moi mais j’ai pris de la distance avec l’image idéale que mes parents projetaient sur moi et à laquelle je ne correspondais jamais. » Christelle aussi a résolu ses problèmes d’ego : « Si on me dit que je suis nulle ou moche, je m’en fiche un peu. J’ai acquis une sorte de légitimité. Je ne joue plus ma peau partout, tout le temps. »

Au fil de l’enquête, une troisième constante est apparue : la possibilité, grâce à l’analyse, de se réconcilier avec son passé en retrouvant ses racines. Ce retour en arrière permet de renouer des liens avec ses parents et de mieux assumer le bonheur et la difficulté d’être soi-même parent. Comme dans le cas de Justine qui a réussi à devenir mère très tard, à 43 ans : « Au bout de huit ans d’analyse, je me suis affranchie d’une parole maternelle “stérilisante” dont le message inconscient était : “Tu es faite pour être couverte d’hommes, pas pour avoir des enfants.” L’analyse m’a permis de retrouver une frange de liberté par rapport à ma mère. »

Il s’avère qu’on entame souvent une analyse parce qu’on est trop déprimé pour continuer à avancer. Qu’en est-il de la dépression après ? La souffrance et les angoisses s’estompent, les peurs deviennent tolérables, les vieux démons s’apaisent, on reprend goût à la vie. Mais attention, là encore tous les témoignages concordent : l’analyse ne guérit pas tout, son but n’est pas normalisateur. Claude, par exemple, a toujours des relations compliquées avec les hommes : « J’élève mon fils seule et j’ai longtemps connu un sentiment d’échec à cause de cela. Aujourd’hui, j’ai compris que la vie de famille “normale” n’était pas pour moi et j’assume. »

L’analyse n’est pas davantage un vaccin définitif contre l’angoisse. Claire en a fait l’expérience : « Je pensais que ce qui était acquis en analyse l’était définitivement. J’avais tort ! Quand je suis tombée enceinte, je suis retournée voir mon psy car j’ai eu l’impression de replonger dans un état de mal-être que je n’avais pas connu depuis des années. » Même constat pour Sophie : « Je me sens mieux mais je ne suis pas au clair avec moi, je n’ai pas tout compris, la vie est toujours en mouvement. Si j’éprouve le besoin de faire une deuxième tranche d’analyse parce qu’à nouveau je me sens mal, je le ferai. » 

Céline, 30 ans

Journaliste, mariée, mère d’une petite fille de 4 mois, elle a fait une analyse freudienne pendant sept ans : “J’existe enfin pour moi sans craindre le jugement des autres”

« Avant l’analyse, j’étais dans une “inexistence”. J’avançais à toute vitesse sur le chemin de ma vie, j’étais perdue, totalement “à côté de la plaque”. Je ne savais pas pourquoi je faisais les choses, je ne savais pas dire non, j’avais des relations amoureuses avec des hommes que je n’aimais pas. Je commençais des études sans aller jusqu’au bout. Je voulais me remplir de tout, tout de suite. Après mon analyse, j’ai enfin habité ma propre vie, fait de vrais choix. C’est apaisant d’exister pour soi, de ne plus craindre en permanence le jugement des autres, de ne plus se sentir coupable d’être ce que l’on est.

Aujourd’hui, je peux vivre normalement, je me sens plus forte. Je peux, par exemple, rester toute seule sans m’angoisser. En fait, ces choses peuvent paraître normales et simples pour la plupart des gens, mais moi j’ai mis sept ans à les intégrer. Et puis, heureusement que j’ai fait une analyse avant d’avoir ma fille ! Depuis l’âge de 12 ans, je voulais un enfant, c’était une sorte de compulsion. Je voulais être enceinte, avoir quelque chose à l’intérieur de moi, remplir le vide qui m’habitait, peu importait avec qui ! Le “paramètre père” ne comptait pas. J’ai beaucoup travaillé ce désir d’enfant et, aujourd’hui, j’ai l’impression d’être dans une relation de totale évidence avec ma fille, sans doute parce que j’ai vraiment choisi de la concevoir avec l’homme que j’aime, son père. » 

Marie, 48 ans

Médecin, mère d’un garçon de 12 ans, elle a fait une analyse lacanienne pendant cinq ans : “J’ai renoué avec ma famille, dont l’amour autrefois m’étouffait”

« Depuis l’âge de 18 ans, je ne voyais plus aucun membre de ma famille. Ils m’étouffaient tous avec leur amour envahissant et possessif ! Les gens se plaignent de ne pas avoir été assez aimés dans leur enfance ; moi c’était le contraire, je croulais sous l’affection de cette famille tentaculaire, soudée et chaleureuse. J’avais l’impression que je ne serais pas moi-même tant que je ne me dégagerais pas de leur emprise. Alors, j’ai décidé de devenir “orpheline” en tirant un trait sur des pans entiers de mon histoire et de mes origines. J’ai entrepris mon analyse à la naissance de mon fils : “Qui suis-je au juste et que vais-je raconter à cet enfant ?” me demandais-je alors. J’ai compris que je ne serais moi-même que si j’acceptais cette histoire familiale, que j’en étais porteuse, que j’en étais issue. Avant, je fuyais les fêtes de famille parce que j’y jouais le rôle de la “bonne fille bien sage” qu’ils voulaient que je sois !

Maintenant, je les apprécie car je me sens adulte et autonome. J’ai de la tendresse pour mes grands-parents, mes oncles et mes tantes, j’ai cessé de ne voir que leurs défauts. Ce retour au bercail m’a permis d’inclure mon fils dans son histoire. Il passe toutes ses vacances dans la grande maison familiale avec ses cousins et ses cousines. Autre évolution notable : la psychanalyse m’a permis de renouer le fil entre mon fils et son père – j’avais rompu tout lien peu après sa naissance –, j’ai même pu lui dire que j’avais été très amoureuse de son papa, qu’il avait été conçu dans l’amour ! Mon fils a 12 ans maintenant. Et tous les deux se voient très régulièrement avec grand plaisir. »

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